Comprendre la médiation numérique

La médiation numérique, selon Philippe Cazeneuve, « consiste à accompagner des publics variés vers l’autonomie, dans les usages quotidiens des technologies, services et médias numériques » (2011). Je vous propose d’approfondir ce concept sous deux angles : institutionnel et professionnel afin de comprendre les enjeux de ce terme flou.

Réseau institutionnel

Inclusion numérique

La médiation numérique œuvre pour l’inclusion numérique des individus, c’est-à-dire l’inclusion sociale des personnes dans une société où le numérique joue un rôle essentiel (CCNum, 2013). La médiation est définie comme la mise en capacité de comprendre et utiliser les technologies numériques, d’ accéder à une culture numérique pour tous, par le biais notamment d’un accompagnement de proximité (définition portail de la médiation numérique).

Evolution de NetPublic

Selon la secrétaire d’État chargé du numérique, l’objectif des institutions est « de faire évoluer les EPN et le dispositif NetPublic vers la constitution d’un réseau national regroupant l’ensemble des structures (EPN, tiers-lieux, médiatiques, espaces de travail partagé, etc.) qui participent à l’accompagnement des individus à l’utilisation des services numériques » (question Assemblée Nationale, 2014). La médiation numérique entre en continuité du label NetPublic qui existe depuis les années 2000 et qui a suivi l’ensemble des espaces publics en France (site netpublic.fr). Celui-ci est associé à d’autres dispositifs locaux et nationaux.

Réseau national

La médiation numérique constitue un réseau, le réseau national de la médiation numérique mis en place en 2015 (charte du réseau).

L’enjeu du réseau est de structurer les initiatives existantes et les personnes. Son objectif est de mobiliser l’ensemble des acteurs et des territoires pour mutualiser les ressources et répondre aux besoins de la population, notamment sur trois points que nous pouvons illustrer au travers d’exemples :

  • l’accès aux services essentiels : le site proxima mobile référence des application citoyennes permettant de faire circuler des informations entre les personnes et les collectivités (application mairie, système géolocalisé sur la météo, la circulation routière etc.)
  • l’apprentissage : le site du movielab documente les actions des tiers-lieux, avec la participation d’ étudiants.
  • le développement de projets et d’innovations : l’initiative de la French Tech aide au developpement des start-up françaises en France ou à l’étranger

Médiation et médiateurs

Une posture professionnelle

Le terme de médiateur numérique est générique et regroupe un ensemble de métiers comme celui d’animateur multimédia ou de médiateur numérique en bibliothèque (article Cazeneuve, 2012). La médiation est une posture professionnelle pour le médiateur qui doit être en capacité de se positionner et agir avec l’ensemble des acteurs : usagers, institutions et professionnels. La médiation numérique est diffuse, elle peut aussi bien concernée un bénévole, une personne l’intégrant dans son travail sans le revendiquer ou une personne ayant une formation spécifique.

Depuis 2012 on note un glissement du métier d’animateur multimédia né en même temps que le label NetPublic vers la qualification de médiateur numérique. Dans un article Loic Gervais explique qu’il n’était pas toujours à l’aise avec la casquette d’animateur, que le terme de médiateur lui est venu d’une médiatrice du livre dont il trouvait le travail proche du sien comparé à celui des animateurs jeunesse de sa structure (article mediateurnumérique.org, 2017).

Valeur ajoutée et démarche

Un dispositif de médiation numérique n’est ni dans la prescription, ni dans la communication mais apporte une valeur ajoutée (article bibliobsession.net, 2015), par exemple plutôt que de prescrire ou communiquer sur des logiciels le médiateur gagne à documenter sa veille pour nourrir les réflexions de tous.

Silvere Mercier définit la médiation numérique comme une démarche visant à mettre en œuvre des dispositifs pour favoriser l’accès organisé ou fortuit, l’appropriation et la dissémination de contenus à des fins de diffusion des savoirs et des savoir-faire.

Il identifie trois dispositifs de médiation numérique (carte heuristique, 2015) :

  • des dispositifs de flux qui représentent une présence en ligne pérenne et attractive pour donner une habitude de lecture
  • des dispositifs ponctuels qui permettent de capter l’attention et les besoins des personnes, par-exemple un sondage en ligne ou des sujets sur une thématique
  • des dispositifs passerelles qui sont un tissage de liens, de passerelles entre les environnements, les points de contact et les expériences.

Le but de ces dispositifs est de capter l’attention des personnes et de communautés qui partagent des intérêts communs, que ces dernières soient existantes ou en devenir. Il s’agit aussi de mettre à disposition ces dispositifs pour faciliter les échanges et la socialisation des individus. Cette vision est éclairante par-rapport à la notion d’accompagnement de proximité à l’heure de la société de l’information, elle concilie la question de la présence physique ou en ligne dans la médiation.

Configuration sociale émancipatrice

Education populaire : « l’ensemble des pratiques éducatives et culturelles qui œuvrent à la transformation sociale et politique, travaillent à l’émancipation des individus et du peuple, et augmentent leur puissance démocratique d’agir » (Maurel, 2010)

Tiers-lieu : « configuration sociale où la rencontre entre des entités individuées engage intentionnellement à la conception de représentations communes » (Burret, 2017)

La médiation porte les valeurs d’éducation populaire des structure socioculturelles dans lesquelles elle évolue. Dans ce contexte le médiateur œuvre vers la socialisation et l’autonomie des personnes, le besoin de mise en perspective par les individus eux-mêmes sur leur façon de consommer et de s’approprier les usages numériques.

Les médiateurs sont au cœur des problèmes, de paradoxes et de contradictions qu’il est nécessaire de soulever pour les dépasser, par exemple le fait que les institutions expriment un besoin de médiateurs et qu’en même temps ces derniers manquent de reconnaissance et de moyens. Ce sont des métiers précaires. Les missions sont souvent confiées aux services civiques ou des dispositifs d’emploi jeune.

C’est parce qu’ ils sont au cœur des problèmes que ces métiers existent. Ils prônent généralement d’être à la marge de l’école ou du monde professionnel mais actuellement les frontières entre apprentissages formels et informels se brouillent. Dans le même temps le fait que les bénéficiaires soient volontaires et engagés dans ces espaces est la condition d’une transformation et d’une prise de conscience individuelle (motivation intrinsèque pour l’apprentissage, théorie du flow, EduTech Wiki).

 

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